Dessin recto verso · retrouvé en France en 2016
Le Saint Sébastien de Léonard de Vinci : dessin retrouvé et attribution
Une feuille de 19,3 × 13 cm relie, sur ses deux faces, l’invention d’un martyr en mouvement et des recherches sur la lumière. Son attribution à Léonard repose sur leur rencontre — pas sur une signature miraculeuse.
Collection privée · localisation actuelle non publiée
Réponse courte
Oui, l’attribution est sérieuse — mais la feuille reste privée
Le dessin apparu chez Tajan en 2016 est une étude à la plume et à l’encre brune pour un Saint Sébastien dans un paysage. Au recto, le jeune martyr est lié à un arbre ; au verso, des diagrammes d’optique, des notes écrites de droite à gauche et des études d’ombres produites par une bougie réunissent art et science sur le même papier.
Carmen C. Bambach, alors conservatrice des dessins italiens au Metropolitan Museum of Art, l’a reconnu comme une feuille autographe de Léonard. Patrick de Bayser avait auparavant repéré l’écriture minuscule inversée et la manière d’un dessinateur gaucher. La comparaison avec deux autres études de saint Sébastien conservées à Hambourg et à Bayonne renforce le dossier.
Point essentiel : l’œuvre n’est pas exposée dans un musée et sa localisation actuelle n’est pas publiquement confirmée. Un certificat d’exportation a été ordonné par la justice en 2023 ; cela ne prouve ni une vente, ni un départ effectif de France.
Mars–décembre 2016
Un carton de dessins présenté à une maison de ventes
En mars 2016, un médecin retraité se rend chez Tajan avec un dossier de quatorze dessins hérités de son père bibliophile. La feuille du saint n’est pas accompagnée d’un nom spectaculaire. Elle appartient à la famille depuis la première partie du XXe siècle et doit d’abord être regardée comme un dessin ancien anonyme.
Le directeur du département des dessins anciens, Thaddée Prate, remarque la qualité inhabituelle de la figure et du paysage. Patrick de Bayser examine ensuite la feuille. En la retournant, il observe des études scientifiques et quelques mots tracés de droite à gauche. Il propose alors de la soumettre à Carmen C. Bambach, spécialiste de référence des dessins de Léonard.
L’annonce publique intervient le 12 décembre 2016. La découverte fascine parce qu’elle ne repose pas sur une seule face séduisante : le recto et le verso se contrôlent mutuellement.
Une feuille arrive sans attribution prestigieuse dans un ensemble familial.
La torsion du corps, la plume et le paysage déclenchent un examen approfondi.
Optique, ombres, gaucherie et écriture miroir font basculer l’enquête.
Comparaisons et examen direct conduisent Bambach à reconnaître Léonard.
Lecture guidée
Une figure qui se tord dans un paysage vivant
Le saint n’est pas planté frontalement comme une icône. Ses jambes s’écartent, le bassin pivote, le torse remonte et la tête se renverse. Le corps semble chercher une sortie tout en restant attaché au tronc.
La torsion : elle combine plusieurs directions et transforme le supplice en problème de mouvement.
Le tronc : il sert à la fois d’instrument du martyre et d’axe vertical pour mesurer l’instabilité du corps.
La tête levée : elle ouvre la scène vers le ciel sans nécessiter auréole ni décor narratif abondant.
Le paysage : eau, reliefs et végétation donnent à la petite feuille une profondeur de tableau plutôt que d’exercice isolé.
Attribution
Six indices qui doivent être lus ensemble
Une énergie contrôlée
Le trait change de vitesse, épaissit les zones d’appui et laisse respirer le papier. Les hachures orientées correspondent au travail d’un gaucher.
Le corps comme mécanique
La figure ne cherche pas seulement la beauté. Elle étudie la manière dont hanche, cage thoracique, épaules et tête réagissent à une contrainte.
Quelques mots inversés
L’écriture de droite à gauche appartient aux habitudes de Léonard. Elle est ici minuscule, mais cohérente avec les notes scientifiques du verso.
Lumière et ombre
Les diagrammes sur la bougie et les ombres rejoignent les recherches que Léonard développe dans ses carnets.
Hambourg et Bayonne
Deux feuilles connues proposent d’autres solutions pour le même martyr. Les différences sont importantes, mais le laboratoire du geste est commun.
Huit saint Sébastien
Une liste du Codex Atlanticus mentionne huit dessins du saint. La feuille retrouvée pourrait appartenir à cet ensemble dispersé.
Ce qui ne suffit pas : l’écriture miroir seule, la gaucherie seule ou une ressemblance générale ne prouvent rien. L’attribution devient convaincante par la convergence du style, de la technique, des notes, de la science et des comparaisons.
Trois feuilles, trois solutions
Le dessin retrouvé face à Hambourg et Bayonne
Collection privée · 19,3 × 13 cm
Le dessin retrouvé
Ce détail montre comment les jambes nouées, l’arbre et le paysage forment déjà une petite composition. Le verso scientifique donne à la feuille son caractère exceptionnel.
Hamburger Kunsthalle · Inv. 21489
La feuille de Hambourg
Le corps est isolé et compliqué par une forte torsion. Les analyses du musée documentent papier, dessin sous-jacent au charbon et encre ferro-gallique.
Musée Bonnat-Helleu · 14,8 × 5,4 cm
La feuille de Bayonne
Très étroite, elle concentre le mouvement sur l’ascension du corps et les liens. Elle rappelle que Léonard multipliait les variantes au lieu de fixer trop tôt une image.
Voir sous le trait
Le laboratoire matériel de la feuille de Hambourg
Le papier
Le musée décrit une feuille fine et translucide. Sa matière aide à distinguer recto, verso, reprises et éventuels transferts visuels.
Le dessous
Un dessin préparatoire sombre, au charbon, organise la pose avant que la plume ne précise muscles, contours et attaches.
L’encre
L’encre ferro-gallique évolue avec le temps. Sa couleur actuelle ne doit pas être confondue avec son état initial.
La méthode
Les examens techniques ne « signent » pas une œuvre. Ils vérifient si les matériaux et la construction sont compatibles avec la période et la pratique proposée.
Datation
Florence, puis le passage vers Milan
Les datations proposées se concentrent autour de la fin des années 1470 et du début des années 1480 : environ 1478–1483 pour certaines comparaisons, ou 1482–1485 selon la place accordée au passage vers Milan. Ce n’est pas une contradiction absolue, mais une marge normale pour une feuille non datée.
À cette période, Léonard transforme le dessin en instrument polyvalent. Il prépare des compositions ambitieuses comme L’Adoration des Mages, dissèque le mouvement des corps, étudie l’eau, la lumière et les mécanismes. Le Saint Sébastien appartient précisément à ce moment où la figure sacrée devient aussi un problème de forces.
Aucune peinture achevée de saint Sébastien par Léonard n’est aujourd’hui connue. Les feuilles peuvent préparer un projet perdu, abandonné ou jamais réalisé — sans qu’il soit possible d’en reconstruire le format final avec certitude.
Iconographie
Pourquoi saint Sébastien fascine les artistes de la Renaissance
Le soldat chrétien, condamné à être percé de flèches, offre un sujet rare : un nu masculin vertical dont la souffrance peut être montrée sans bataille. L’arbre ou la colonne stabilise la composition ; les liens et les flèches expliquent le martyre ; le corps permet d’exposer anatomie, équilibre et expression.
Dossier administratif
De « trésor national » au certificat d’exportation
La feuille est expertisée puis annoncée comme une découverte de Léonard.
Le refus initial du certificat d’exportation lui confère le statut de trésor national.
L’État propose 10 millions d’euros pour l’acquérir.
Le propriétaire refuse ; une expertise judiciaire évoque 15 millions d’euros.
L’État renonce finalement à l’acquisition et soulève ensuite des doutes sur l’origine.
Le tribunal administratif ordonne la délivrance du certificat d’exportation sous deux mois.
Situation actuelle
Privé ne veut pas dire disparu
Mais privé ne veut pas non plus dire visible, vendu ou exporté.
Ce que la décision de 2023 permet de dire
Le tribunal administratif de Paris a estimé que les éléments invoqués par l’administration ne constituaient pas des présomptions suffisamment sérieuses et concordantes d’une origine illicite. Il a donc ordonné la délivrance du certificat demandé.
Ce certificat met fin au blocage juridique de l’exportation définitive. Il ne documente pas les mouvements ultérieurs de la feuille. En l’absence d’annonce publique du propriétaire, d’une maison de vente ou d’un musée, la formule exacte reste : œuvre en collection privée, localisation actuelle non communiquée.
Ne pas confondre
Les trois Saint Sébastien en un tableau
| Feuille | Lieu | Format | Particularité | Ce qu’elle prouve |
|---|---|---|---|---|
| Dessin retrouvé en 2016 | Collection privée | 19,3 × 13 cm | Paysage au recto ; optique et écriture au verso | La rencontre directe entre invention figurative et recherche scientifique |
| Saint Sébastien de Hambourg | Hamburger Kunsthalle, Inv. 21489 | Feuille verticale | Forte torsion ; dessin préparatoire au charbon ; encre ferro-gallique | Une autre solution autographe et un dossier technique comparable |
| Martyre de Bayonne | Musée Bonnat-Helleu | 14,8 × 5,4 cm | Format extrêmement étroit et mouvement ascendant | La pluralité des variantes conservées autour du même projet |
Prolonger le regard
Saint Sébastien et Léonard dans la boutique
Une interprétation florentine du martyr, conçue autour du corps, des flèches et de la palme.
Comparez les interprétations du martyr, de la Renaissance au baroque.
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Questions fréquentes
Ce qu’il faut retenir du dessin retrouvé
Quand le Saint Sébastien de Léonard a-t-il été retrouvé ?
La feuille a été présentée à Tajan en mars 2016 et annoncée publiquement en décembre de la même année après plusieurs expertises.
Qui a authentifié le dessin ?
Patrick de Bayser a reconnu des indices essentiels au verso. Carmen C. Bambach, spécialiste des dessins de Léonard, a ensuite jugé la feuille autographe après examen et comparaison.
Le dessin est-il signé ?
Non. L’attribution ne repose pas sur une signature, mais sur la plume, les hachures d’un gaucher, l’anatomie, l’écriture miroir, les études d’optique et les feuilles comparables.
Que trouve-t-on au verso ?
Deux études scientifiques liées à la lumière et à l’ombre, dont un dispositif avec une bougie, ainsi que de courts textes écrits de droite à gauche.
Combien de dessins de saint Sébastien Léonard mentionne-t-il ?
Une liste conservée dans le Codex Atlanticus mentionne huit saint Sébastien. On ne peut pas associer chaque entrée à une feuille conservée, mais le document confirme l’importance du sujet dans son travail.
Existe-t-il une peinture achevée de Léonard sur ce sujet ?
Aucune peinture de saint Sébastien achevée et reconnue de Léonard n’est aujourd’hui connue. Les dessins peuvent correspondre à un projet perdu, abandonné ou jamais réalisé.
Combien vaut la feuille ?
L’État a proposé 10 millions d’euros en 2019 ; une expertise citée dans la procédure l’a évaluée à 15 millions. Ces montants historiques ne constituent pas un prix de vente actuel.
Où peut-on voir le dessin ?
La feuille retrouvée est en collection privée et n’est pas annoncée comme exposée. Les études associées de Hambourg et de Bayonne appartiennent à des musées, mais leur présentation doit être vérifiée avant une visite.
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